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carl schmitt

  • Tour d'horizon... (302)

     

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    Au sommaire cette semaine :

    - sur Voyages et récits, un échange avec Julien Hervier et Pierre Magnard à propos du l'essai d'Ernst Jünger, Le nœud gordien...

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    - sur la chaîne Youtube du Collège de France, une intervention de Jean-François Kervégan autour du livre de Carl Schmitt, Le Nomos de la terre.

    Le jeu des espaces : réflexions à partir de Carl Schmitt

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  • Romantisme politique...

    Les éditions Krisis viennent de publier une traduction intégrale de l'essai de Carl Schmitt intitulé Romantisme politique, avec une préface d'Antoine Dresse.

    De nationalité allemande, juriste et philosophe du politique, ami d'Ernst Jünger, Carl Schmitt est l'auteur de nombreux ouvrages importants comme La notion de politique (1928), Terre et Mer, un point de vue sur l'histoire du monde (1942), Le nomos de la terre (1950) ou Théorie du partisan (1963).

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    " Et si le romantisme, loin d’être un simple courant esthétique, était une manière très moderne d’échapper au réel et au politique ? Dans Romantisme politique, Carl Schmitt s’attaque à cette tentation intellectuelle qui consiste à transformer toute situation en matière à récit, toute conviction en posture et toute décision en occasion de se mettre en scène. Quand le monde devient un décor, l’engagement se dissout ; quand tout est sujet à l’interprétation, plus personne ne tranche. La politique n’est alors plus qu’un théâtre. À partir de la littérature romantique allemande et de ses plus grands représentants, Schmitt met au jour la fascination pour l’ambivalence, la fuite dans l’ironie et l’art de substituer l’expression à l’action, autant de dangers pour toute action politique."

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  • Après Khamenei, la fin de l’illusion post-1945...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des vents et des marées, cueilli sur Polémia et consacré à l'élimination du Guide suprême iranien, Ali Khamenei ...

     

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    Après Khamenei, la fin de l’illusion post-1945

    La mort confirmée de l’ayatollah Ali Khamenei, à la suite d’une frappe israélo-américaine d’une précision inédite, ne constitue pas seulement un tournant iranien. Elle marque un basculement d’époque. L’opération, patiemment préparée, a visé le sommet même du régime réuni en un seul lieu. Ce n’était pas une campagne aérienne classique, mais une décapitation stratégique. La cible n’était pas une infrastructure, mais une cohésion. L’effet recherché ne relevait pas seulement du militaire, mais du politique au sens le plus schmittien du terme : celui de la désignation de l’ennemi et de la décision souveraine.

    La fin de la primauté du droit ?

    Il serait réducteur de voir dans cet événement la simple clôture de la parenthèse ouverte en 1979 par la révolution islamique. Le véritable cadre historique est plus ample. Il remonte à 1945, à la construction d’un ordre international fondé sur la primauté du droit, la centralité des organisations multilatérales et la conviction, typiquement wilsonienne, que l’institutionnalisation progressive des relations internationales neutraliserait la logique tragique de la puissance.

    L’Organisation des Nations unies, les architectures de sécurité collective, le maillage des traités et des conférences permanentes traduisaient cette ambition. Hans Morgenthau, pourtant théoricien du réalisme, rappelait déjà que les institutions n’abolissent jamais la nature conflictuelle des relations internationales : elles n’en sont que l’expression provisoire. Raymond Aron, dans Paix et guerre entre les nations, soulignait que la diplomatie et la stratégie demeurent inséparables, même lorsque les formes juridiques semblent dominer la scène.

    L’opération qui a coûté la vie au Guide suprême iranien consacre le retour explicite de cette vérité. Elle signifie que la puissance technologique, le renseignement et la décision politique convergent désormais sans le filtre paralysant d’un consensus international. L’ordre procédural s’efface devant l’acte. Le monde ne bascule pas dans l’anarchie : il retrouve une hiérarchie fondée sur la capacité d’agir.

    Les BRICS fragilisés ?

    Ce tournant a des répercussions immédiates sur l’équilibre global. Les espoirs placés dans un ordre alternatif structuré autour des BRICS apparaissent fragilisés. La capacité de la Chine à convertir sa puissance économique en levier stratégique crédible se trouve mise à l’épreuve. La Russie, engagée sur d’autres fronts, constate les limites d’une coalition de circonstance. Le projet d’un système monétaire parallèle au dollar demeure embryonnaire. Le retour des États-Unis comme acteur déterminé, capable d’une coordination opérationnelle d’une telle ampleur, redistribue les cartes.

    La question de la République de Chine (Taïwan), en ce sens, devient un test historique. Si Pékin s’abstient de toute initiative majeure malgré cette séquence, cela signifiera que la puissance chinoise reste contenue par des calculs de risque plus que par une volonté de rupture. Si elle agit, le monde entrera dans une phase d’instabilité ouverte. Dans les deux cas, le paradigme du monde post-guerre froide, fondé sur l’interdépendance économique comme facteur de pacification, se révèle insuffisant.

    L’Europe face à son destin

    Pour l’Europe, l’enjeu est décisif. Depuis 1945, le continent vit sous la double tutelle stratégique et intellectuelle de l’ordre atlantique. Cette dépendance ne fut pas seulement militaire : elle fut conceptuelle. L’Europe a progressivement internalisé les catégories normatives américaines, qu’il s’agisse des droits de l’homme érigés en étalon universel ou d’une conception procédurale de la souveraineté. Carl Schmitt, dans Le Nomos de la Terre, avait déjà analysé la transformation du droit international moderne en instrument de légitimation de certaines puissances dominantes.

    Le problème n’est pas l’alliance en elle-même, mais la vassalité mentale. Guillaume Faye parlait d’« occidentalisation amputée » pour décrire une Europe réduite à l’état de périphérie morale de l’Atlantique Nord. Alain de Benoist a, quant à lui, insisté sur la nécessité pour l’Europe de redevenir sujet de l’histoire et non simple théâtre des stratégies d’autrui. Ces analyses, souvent caricaturées, retrouvent une acuité singulière à l’heure où l’ordre de 1945 se recompose.

    La seconde entrave européenne est d’ordre psychologique. La repentance permanente, érigée en posture morale, est devenue un outil de désarmement symbolique. Oswald Spengler rappelait que les civilisations ne déclinent pas d’abord sous les coups extérieurs, mais par épuisement intérieur, lorsqu’elles cessent de croire en leur propre forme. Une Europe qui s’enferme dans l’auto-accusation systématique se prive de la légitimité nécessaire pour défendre ses intérêts.

    Le moment actuel ouvre donc une fenêtre d’opportunité. La recomposition du système international offre au continent la possibilité de redéfinir sa doctrine stratégique, de renforcer son autonomie capacitaire, d’assumer une politique de puissance adaptée à ses intérêts propres. Cela suppose de sortir d’une posture purement normative pour renouer avec une pensée géopolitique structurée, au sens où l’entendait Ernst Jünger lorsqu’il évoquait le passage de l’ère bourgeoise à l’ère des titans technologiques.

    La fin d’une illusion

    Il ne s’agit pas de rompre avec les États-Unis, mais de cesser de s’y dissoudre. Il ne s’agit pas d’abandonner les principes, mais de les inscrire dans une vision cohérente de la souveraineté européenne. L’histoire récente rappelle que le droit ne protège que s’il est adossé à la puissance. Une Europe stratégiquement adulte doit être capable d’agir sans attendre l’autorisation morale d’autrui.

    La mort de Khamenei et l’opération qui l’a rendue possible signalent la fin d’une illusion : celle d’un monde gouverné par la seule normativité. Le siècle qui s’ouvre réhabilite la décision, la cohérence stratégique et la volonté politique.

    Dans cet environnement, les peuples qui survivront seront ceux qui accepteront de regarder la réalité sans fard. Les autres continueront à commenter l’histoire au lieu de la faire.

    Balbino Katz (Polémia, 1er mars 2026)

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  • Carl Schmitt...

    Nous vous signalons la parution du nouveau numéro de la revue Nouvelle Ecole (n°75, année 2026), dirigée par Alain de Benoist, avec un dossier consacré à Carl Schmitt.

    La revue est disponible sur le site de la revue Éléments.

     

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    Au sommaire :

    Le couple ami-ennemi. Réflexions critiques sur le critère du politique selon Carl Schmitt. (Alain de Benoist)

    « Les Buribunken ». Un essai méconnu du jeune Carl Schmitt. (José Ignacio Vásquez Márquez)

    Recension du livre de Lucien Romier, « Explication de notre temps » (1925). (Carl Schmitt) suivie d’un texte de Sophie Cossäus.

    Document / « Politique » (1936). (Carl Schmitt)

    Un monument schmittien : « Le Nomos de la Terre ». (Martin Motte)

    Modernité de Hobbes. À propos du « Léviathan » (1938). (Julius Evola)

    Constitution et droit constitutionnel chez Carl Schmitt. (Agostino Carrino)

    Document / Une lettre de Carl Schmitt à Jean-Pierre Faye.

    Neutralisations et dépolitisation selon Carl Schmitt. (Mariam Zovinar)

    Document / Extraits de la correspondance Norberto Bobbio – Carl Schmitt.

    Carl Schmitt dans la Chine contemporaine. (Daniele Perra)

    Carl Schmitt en Chine. (Flora Sapio)

    Carl Schmitt, le « katechon » et l’Eurasie. (Massimo Maraviglia)

    Joseph de Maistre et Carl Schmitt. (Graeme Garrard)

    Carl Schmitt en visiteur espagnol : la maison d’Ors, père et fils. (Michel Lhomme)

    Carl Schmitt et le « choc des civilisations » de Samuel Huntington. (Joseph W. Bendersky)

    Les relations de Reinhart Koselleck avec Carl Schmitt. (Niklas Olsen)

    Terra manet. Carl Schmitt et la composante tellurique. (Jerónimo Molina)

    Carl Schmitt en langue française. (Alain de Benoist)

    268 Bibliographie N. E.

    Henri Bosco ou la demeure des songes. (Raphaël Juan)

    Trotsky. (Ernst Jünger)

    Heidegger, médecin de la modernité. (Jean-Marie Legrand)

    Penser la technique (et le marché) avec Karl Polanyi. (Nadjib Abdelkader et Jérôme Maucourant)

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  • Ce que Trump nous dit...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Bastien Frimas, cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré au message de puissance et de volonté politique que Trump adresse à l'Europe...

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    Ce que Trump nous dit

    Il est naturel de vouloir, pour se rassurer, se dire que l’on est bon quand on est faible. Et il est profondément pervers de se complaire dans cette fausse bonté contrainte. Il est, enfin, malsain de vouloir imposer aux forts cette faiblesse déguisée en morale. C’est la grande leçon de Nietzsche.

    C’est aussi ce que nous rappelle Trump dans son dialogue mélien avec l’Europe : « Les forts font ce que peuvent, les faibles ce que doivent », nous dit Thucydide. Est-ce aimable ? Équitable ? Intelligent ? Ce sont des questions que ne se posent, en matière de relations internationales, que ceux qui subissent.

    Le moment schmittien

    Trump nous fait entrer dans un moment schmittien. Depuis cinquante ans, la Nouvelle Droite glose non sans raison Carl Schmitt et Julien Freund, pense le décisionnisme et la distinction ami/ennemi pour récuser certains fondamentaux du libéralisme philosophique ou juridique, conspue le légalisme étriqué, qui étouffe la démocratie authentique et la volonté politique tout en favorisant la tyrannie de l’individu. Trump applique tout ceci. C’est chez lui instinctif, et pour une partie de son entourage c’est même réfléchi et conscient. Il nous force en retour à penser réellement en schmittiens et à être conséquent avec nous-mêmes.

    Mais nous ne l’entendons pas. Parce qu’il est « fou » et « malpoli ». Parce que ses méthodes sont « brutales ». Pourtant, comment croire que la restauration de la primauté du politique et de son autonomie vis-à-vis des autres « activités originaires » selon Julien Freund (telles que l’économie ou la morale) puisse ne pas être brutale et sembler folle ?

    Voyons l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), la police chargée de lutter contre la criminalité transfrontalière et l’immigration illégale. Depuis quelques semaines, une certaine droite reprend sans honte les éléments de langage des Démocrates américains : agents mal formés, violents, surarmés, masqués (car menacés dans un pays où il est facile de se procurer des armes, rappelons-le)… Une police inquiétante. Brutale.

    Elle va même jusqu’à – horresco referens – traquer et expulser les clandestins. Elle obtient des résultats assez spectaculaires certes, avec plus de deux millions d’expulsions ou de départ volontaires, des centaines de milliers de criminels arrêtés et donc de nombreuses vies sauvées. Mais parfois, sur des photos ou à la télévision, des enfants pleurent. Et, parmi les manifestants qui ont interféré avec des opérations visant à arrêter des criminels – certains étant des tueurs et des pédophiles –, deux citoyens américains sont morts dans des circonstances regrettables.

    Ce n’est pas très gentil. Nous ne ferions pas cela en Europe, non Madame. Nous ne détruirions pas non plus les embarcations de trafiquants de drogue avant qu’ils n’aient accosté et peut-être vendu leur cargaison. Il faut un procès, il y a des règles. Les criminels ont le droit d’être convoqués, puis remis en liberté par des juges que personne ne peut tenir responsables. Les clandestins et terroristes ont le droit de rester dans notre pays après un sermon républicain. Nous ne sommes pas des Américains !

    La droite aux mains propres

    Nous, à la vraie droite intelligente et morale, nous sommes scrupuleux. Nous avons des principes et refusons de nous abaisser à faire preuve de violence, même symbolique. D’ailleurs, nous refusons de défaire ce qu’ont fait nos adversaires. Restons purs, gardons les mains propres et restons des oies blanches, ils ne l’emporteront pas au Paradis. Perdons avec honneur ; ou plutôt, mettons un point d’honneur à perdre.

    Ah certes, si nous parvenions au pouvoir… L’école, l’administration, la criminalité, l’immigration, l’économie… Nous avons les solutions. Mais aussi des valeurs. Les solutions seront donc appliquées dans le respect des règles juridiques, médiatiques et morales, bien que celles-ci soient imposées par d’autres.

    Peu importe que ces mêmes règles soient allègrement bafouées par la gauche lorsqu’elle est au pouvoir et veut nous nuire. La gauche est violente, menteuse, injuste. Son indignation est à géométrie variable. Elle ne pipait mot quand Obama était le « déporteur en chef ». Elle ne prend pas la rue quand un conservateur ou un trumpiste sont tués par la police ou un assassin ; elle s’en réjouit même bruyamment.

    La gauche est organisée et cherche systématiquement à entraver l’action de la droite. Elle a un projet total et l’applique au pas de charge. Si elle le pouvait, elle exécuterait les moins soumis d’entre nous et rééduquerait nos enfants dans des camps ; elle l’a déjà fait, et la radicalisation de son discours montre qu’elle n’hésiterait pas à recommencer. Si Trump échouait, la réplique serait bien plus terrible que tout ce qu’il s’autorise à faire.

    Et la gauche réagit toujours sur un critère simple : quand on ne se soumet pas à ses règles. Faire le choix de n’agir que dans le cadre légal et rhétorique principalement délimité par l’adversaire n’est pas une preuve de raison, mais de soumission. Il est tragique de se persuader que faire preuve de bonne volonté, de modération ou d’ouverture est un choix qui permettra de démontrer, par notre bénévolence, que l’autre a tort car il est plus radical ; on travestit en choix la défaite.

    Comment croire que la remigration sera polie ? Que, quelle que soit la dureté ou la bienveillance dont ferait preuve un gouvernement de droite, la gauche politique et médiatique n’organiserait pas des heurts violents pour l’empêcher ? Il faudra les reins solides pour rendre leur avenir aux Français et aux Européens. Et l’on voit pourtant que, déjà, une partie de la droite chancelle à la vue d’une action déterminée outre-Atlantique. Si, effarouchée, elle combat et délégitime ce qui est nécessaire là-bas, de quel côté sera-t-elle demain ici ?

    De la volonté en politique

    Ce que Trump dit de nous, c’est que nous n’avons plus la volonté, corsetés que nous sommes par des principes et des apparences qui nous sont imposés. Les appels à la puissance se multiplient, mais celle-ci doit toujours rester mesurée, restreinte, encadrée. Or, la puissance est avant tout la capacité à définir de façon autonome le cadre de l’action, à changer les règles pour accomplir des objectifs que l’on peut viser. Il y a une antinomie formelle dans l’aspiration à la puissance pour n’en rien exprimer.

    Le droit international par exemple est largement une fiction : il n’est que le cadre défini par l’hégémon dans lequel s’exprime sa puissance et dont il peut s’émanciper à loisir, précisément car il en est à la fois la force normative (potestas) et le garant (imperium). Il est absurde de vouloir être en capacité de réaliser ce qu’a fait Trump avec Maduro si c’est pour s’interdire de le faire. Les moyens n’existent virtuellement pas s’il n’y a pas la volonté de les employer ; pas plus qu’il n’y a de réel projet de puissance sans velléité impériale.

    Il ne s’agit pas d’admirer Trump, de croire qu’il est un sauveur, un modèle, ou, plus ridicule encore, qu’il nous veut du bien. Aucun Européen lucide ne peut plus le prétendre. En revanche, il faut moquer les cris d’orfraies de la droite molle face au trumpisme, cette réaction d’honnête bourgeois conservateur se pinçant le nez face à la volonté en acte. La propension à se vautrer dans le confort moral et la conviction que nous valons mieux parce que nous sommes prêts à ne rien accomplir caractérisent assez tristement les vaincus et cocus de la droite.

    Trump ne gagne pas sur tout, c’est une évidence. Parfois, il abîme même au lieu de consolider et renforcer sa position. Il lui arrive aussi de reculer. Mais il ose, tente de s’imposer et progresse. Il pratique le pouvoir comme la gauche, avec les mêmes limites. La gauche n’a jamais reculé que temporairement, engrangeant des victoires au passage par effet de cliquet.

    La brutalité de Trump n’est que la réalité nue de la volonté appuyée sur la puissance. Elle ne s’embarrasse d’aucun faux-semblant qui ferait passer la pilule. Que fait-il qui n’ait été fait par ses prédécesseurs ? Humilier, exploiter et contraindre ses partenaires-vassaux, expulser en masse les clandestins même si certains pleurent… Ce que l’on reproche vraiment à Trump est d’avoir brisé une illusion, celle que la force et l’autorité devaient être civilisées et polies pour que les faibles puissent quand même, eux aussi, croire qu’ils sont un peu forts. Il est vain de brandir un cérémonial qui passe avec l’empire qu’il servait, comme si la forme seule suffisait à maintenir la grandeur. La réaction émotionnelle et morale à Trump est une fuite en avant dans l’impuissance et la sortie de l’Histoire.

    La morale ne fait pas une politique

    Est-ce à dire qu’il faut abolir les convenances et tout ce qui fait l’homme civilisé ? Abandonner la noblesse, la décence, la retenue ? Ou bien que nous devons docilement suivre et applaudir Trump en tout car il est l’homme fort du moment ? Certainement pas. Il n’est pas non plus question de vénérer la force excessive, aveugle ou tyrannique, pas plus que la force pour la force, sans frein ni télos.

    Mais il faut prendre conscience du message que Trump nous envoie involontairement. D’abord, il montre la volonté en action car politiquement capable, non entravée par la morale des autres quand elle empêche de faire ce qui est nécessaire ; il s’autorise à faire, à droite, ce qu’a toujours fait la gauche. Ensuite, il dit que l’éthique et l’esthétique auxquelles nous tenons sont elles-mêmes un cadre défini par la force que nous avons longuement possédée. La hauteur morale ne suffira pas à la retrouver. Elle ne pourra que jeter un voile pudique sur des ruines.

    Bastien Frimas (Site de la revue Éléments, 29 janvier 2026)

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  • Tour d'horizon... (297)

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    Au sommaire :

    - sur Le Grand Continent, un entretien avec Jean-François Kervégan, spécialiste de Carl Schmitt...

    Pourquoi Carl Schmitt est-il si lu ? Une conversation avec Jean-François Kervégan

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    - sur Cairn, une étude de Michel P. Schmitt sur la revue La Chronique de Paris publiée entre novembre 1943 et juillet 1944...

    La Chronique de Paris. Un rêve de francité nationale-socialiste

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